Le progrès sur la pauvreté, une étape à la fois.
Il est facile de se décourager. Nous sommes gouvernés par un parlement minoritaire précaire, l’économie est toujours à la basse et, malgré un engagement de 20 ans à changer l’état des choses telles qu’elles sont, aujourd’hui au Canada presque un enfant sur 10 vit toujours en pauvreté. Tout ça et les jours courts et sombres de l’hiver sont sur nous.
Que ce soit dans les sous-sol des églises, les centres communautaires ou autour des tables des salles de conférences, un thème qui est souvent abordé dans les discussions publiques au sujet de la campagne Dignité pour touTEs est le défi énorme d’arriver à une action fédérale sur la pauvreté dans le climat politique actuel. Il est évident que les questions de développement social, la promotion des droits de la personne, et faire face aux défis de la pauvreté et la marginalisation ne sont pas des priorités pour le gouvernement fédéral. Plusieurs, alors, questionnent l’efficacité de présenter aux élus et à la fonction publique le message d’un Canada sans pauvreté.
L’espoir dans une telle situation peut naître en partie d’un intérêt à la préservation de soi – personne ne veut croire que leur travail est en vain – mais encore plus puissant que ça est la croyance véritable, poussée par un courant continu de petits succès, que changer l’état des choses est possible.
L’annonce du nombre qui a marqué le record mondial (voir le texte encadré) est arrivée au même moment que la mise à jour d’une initiative entreprise par le membre du parlement Tony Martin pour élaborer une loi fédérale pour l’abolition de la pauvreté. Cette loi est un des objectifs de la campagne Dignité pour touTEs. En juin, M. Martin a assemblé une table ronde de représentants d’organisations non gouvernementales pour considérer l’envergure et l’encadrement d’une telle loi. Au long de l’été, un texte brouillon a été préparé et M. Martin l’a présenté lors de la conférence BIEN Canada le 2 octobre. La loi proposée, prenant ses origines du cadre des droits de la personne et qui présente une vue d’ensemble de la pauvreté, chemine à travers le caucus du NPD et des processus politiques dans l’espoir que dans les prochains six mois elle se retrouvera devant la Chambre des communes.
Un travail important et convaincant pour faire avancer le débat est entrepris par le Caucus national libéral féminin. Le 21 octobre, ce groupe de membres du parlement libéraux, présidé par Mme Maria Minna, a dévoilé Le livre rose, volume III : un plan d’action pour les canadiennes. Dans ce livre, elles explorent les questions critiques dont font face les canadiennes, plusieurs relatives à l’inégalité et l’exclusion sociale, et présentent une série de recommandations, dont une, tout au moins, est l’adoption ‘d’une stratégie fédérale pour la réduction de la pauvreté et ainsi adresser le problème persistent de la pauvreté parmi les femmes.’ Elles reconnaissent les besoins particuliers des femmes autochtones et présentent des propositions concrètes qui engendraient des progrès dans l’apprentissage précoce et le soin des enfants ainsi que des changements à l’assurance-emploi.
Alors que nous approchons le 24 novembre, la date avec la distinction douteuse qui signale les 20 années depuis que les parlementaires ont déclaré à unanimité qu’ils mettraient fin à la pauvreté chez les enfants en l’an 2000, plusieurs membres du parlement d’un parti politique à l’autre travaillent ardûment à encourager leurs collègues sur la Colline à prendre des mesures concrètes pour remédier à la pauvreté au Canada. Un comité subalterne au Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées est présentement à discuter une motion qui reconnaîtrait l’engagement de 1989, prendrait note des progrès minimes à date, et recommanderait au Parlement d’entreprendre des mesures claires avec des cibles et des horaires intérimaires qui adresseraient non seulement la pauvreté que vit les enfants mais celle qui accable tous les canadiens et canadiennes.
Il est important de prendre note que tous les membres du parlement impliqués dans toutes les initiatives mentionnées ci haut sont membres du Comité permanent des ressources humaines, du développement social et de la condition des personnes handicapées – le comité parlementaire qui étudie présentement le rôle fédéral dans l’abolition de la pauvreté. Et là aussi, nous sommes aptes à être témoins d’une autre petite victoire. Les plans de voyage pour consulter les individus et les organisations dans les provinces de l’ouest canadien qui avaient été annulés le printemps passé sont maintenant au programme pour la fin novembre, donnant ainsi aux membres du comité l’opportunité de développer une image plus complète de la pauvreté au Canada et de ce qui doit être accompli.
Soit disant, les ‘succès’ décrits ici sont tous des petits pas : études, recommandations, brouillons, discussions. Mais, derrière chacune de ces initiatives, il y a au moins un membre du parlement – à l’occasion plusieurs – qui croit que la pauvreté au Canada doit être abordée. Avec chaque motion, conversation, et recommandation, ces champions ont le potentiel de faire avancer les choses. En posant des questions et en partageant l’information, ils encouragent les gens – tant au pouvoir que le publique en général – à prendre en considération l’action sur la pauvreté à partir d’une nouvelle perspective. Et ce, par soi-même, valorise le tout.
Cet article a paru d'abord sur le site web www.cpj.ca
